Jägermeister, ma boisson alcoolisée préférée, avant sa surconsommation.

Jägermeister, ma boisson alcoolisée préférée, avant sa surconsommation.

Nous sommes le mercredi 24 septembre 2014 et il est environ 19h lorsque je décide de m’installer confortablement dans mon lit, ordinateur sur les genoux, triple shot de Jägermeister en main afin de regarder tranquillement le film H2G2 et ensuite me coucher. Le film défile et les verres d’alcool aussi. Il y a beaucoup de choses dans ma tête, trop. Je fini par prendre la bouteille et boire directement au goulot. Il est environ 20h40 lorsque complètement saoule, une lueur de lucidité me dicte de me rendre moi-même aux urgences psychologiques. Je rabats l’écran de mon ordinateur portable, enfile mes tongs et sort de chez moi en short et t-shirt avec pour seuls objets mon téléphone portable ainsi que les clefs de chez moi. Je marche dans la rue, le plus vite possible, essayant de ne pas me mettre à pleurer. Je croise des gens. Je ne sais pas où je vais réellement mais dans ma tête, je me dirige vers les urgences. Black-out. Je ne sais pas où je suis, je ne sais pas quelle heure il est. J’ai l’impression de me réveiller. Me suis-je évanouie ? En tout cas je suis par terre et j’aperçois mon portable, sur ma gauche. Il a dû tomber, la batterie s’étant désolidarisée, j’essaie de la remettre en place. Trou noir. Je suis à genoux, les mains au sol. Mais il y a quelque chose entre celles-ci et le sol, comme une sorte de liquide, je ne sais pas ce que c’est et je m’en moque. J’essaie temps bien que mal de me redresser. En face de moi se trouve alors une porte vitrée, sur laquelle je vais me mettre à frapper, tout en pleurant. Je frappe la vitre de mes deux mains, de toutes mes forces. Je la frappe, encore et encore, tout en continuant de pleurer. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, à frapper cette pauvre vitre mais l’on a fini par me trouver puisque maintenant j’entends deux voix masculines. Mais je continu de frapper cette vitre, de mes mains, puis de ma tête. Alors que je cogne ma tête contre cette vitre, je sens des mains me serrer les bras et une voix me dit « Il ne faut pas faire ça ». Je suis en bas d’un bâtiment, je le vois maintenant, il y a même une fenêtre avec de la lumière à l’étage. Je sens alors mon dos et mes épaules se caler contre quelque chose des très enveloppant. Je ne sais même pas si l’on m’assoie ou l’on m’allonge, je n’ai que le souvenir de cette sensation.

Où suis-je ? Il y a plusieurs personnes. Je me souviens que l’on me demande mon nom et prénom. Une voix féminine me dit aussi d’enlever mon t-shirt, il y aurait du vomi dessus.

  • Vous avez bu ?
  • Oui.
  • Vous avez bu quoi ?
  • Du Jägermeister
  • Du quoi ?
  • Du Jä-ger-meis-ter.
  • Vous avez pris des médicaments ?
  • Non.
  • Vous avez consommé de la drogue ? Vous avez fumé ?
  • Non.
  • Vous ne fumez pas ?
  • Non. Si, parfois.
  • Et vous fumez quoi ?
  • Du cannabis.
  • Vous êtes certaine de ne pas avoir fumé ce soir ?
  • Oui

Les périodes où l’on me posait des questions étaient les seules où le minimum possible de lucidité me revenait. Le reste est une faille spatio-temporelle. Je me souviens aussi d’une voix masculine qui me demande pourquoi je suis venue ici. « Parce que j’ai besoin d’aide ». L’on m’a évidemment demandé pourquoi j’avais besoin d’aide, mais je ne pus répondre. J’étais allongée sur le côté droit, en position fœtale, ne cessant de me balancer. À un moment, j’ai même commencé à me frapper la tête contre les barreaux du brancard et j’ai répété plusieurs fois « je suis désolée ». Les infirmiers avaient placés un haricot juste à côté de ma bouche, afin que je ne me vomisse pas dessus.
Il me semble que le brancard sur lequel je suis roule. Ils doivent certainement me sortir du box de soins pour me mettre en salle d’attente couchée.

  • Je suis où ?
  • Vous êtes aux urgences de l’intercommunal de Créteil.
  • Il est quelle heure ?
  • 23h.

En réalité, je fus admise à exactement 23h22.

J’ai envie d’uriner. Je suis assise sur le brancard et me rend compte que mon bras droit est en l’air, mon majeur ne cessant de tapoter mon pouce. C’est frénétique, je ne le fais pas exprès et ne peux m’en empêcher. Je suis complètement désorientée, une infirmière m’accompagne jusqu’aux toilettes, ils vont en profiter pour faire une analyse d’urines. Même saoule, j’ai du mal à me décontracter mais j’arrive tout de même incroyablement bien à viser dans le bocal. Je tends alors le récipient à l’infirmière qui me demande si je ne pourrais pas faire plus, il n’y a pas assez de volume pour ensuite analyser. Me voilà alors reparti pour un petit lâché de fluide contrôlé afin de ne pas non plus faire déborder mon urine du récipient. L’infirmière satisfaite, je peux finir de me vider la vessie tranquillement assise sur la cuvette des toilettes.

Je me réveille. Je suis allongée sur un brancard dans le couloir des urgences, en blouse, une perfusion dans la main gauche. Je ne me souviens pas d’avoir mis la blouse et encore moins de m’être faite perfuser. Je ne sais même pas comment je suis arrivée ici. J’ai la nausée. Heureusement que les infirmières avaient prévus le coup en me donnant un petit stock de haricots. J’ai passé un certain temps entre sommeil et vomissements. Je me souviens aussi d’un moment où les néons du couloir me blessaient l’œil. J’ai alors commencé à répéter « Il y a trop de lumière » un certain nombre de fois avant de m’endormir de nouveau.

Nous sommes le matin, une infirmière me demande comment je me sens et si j’ai encore des nausées. Je n’en ai plus pour le moment, elle propose donc d’attendre encore un petit peu avant de m’apporter le petit déjeuner, par précaution. Au final, les nausées ne sont plus mais mon petit-déjeuner n’est jamais venu.

Dans le cas de mon arrivée aux urgences, je me dois d’avoir un rendez-vous avec la psychiatre afin de définir le moment de ma sortie et surtout, le pourquoi de mon admission, outre les 1,75 grammes d’alcool que j’avais dans le sang. Je l’ai donc rencontré de nouveau, après seulement quatre mois. Mon mal être psychologique ainsi que ma difficulté naturelle à verbaliser m’enfermèrent dans mon mutisme. J’arrivais à répondre aux questions simples où il suffisait de répondre par oui ou par non, mais guère plus. Elle me laissa donc retourner m’allonger sur mon brancard et me fit apporter le déjeuner, se disant qu’il serait plus propice d’avoir un entretien dans l’après-midi, une fois mon estomac rempli et mon esprit un peu plus éveillé. L’après-midi passa, puis la soirée sans aucun signe du médecin, ni même de mon dîner. J’ai tout de même eue l’occasion de prendre une douche afin de retrouver un minimum de propreté, bien que mes cheveux sentent toujours à certains endroits le liquide gastrique.

La nuit ne fût pas très reposante. Il faut dire que les urgences ne sont pas le meilleur endroit si vous recherchez un peu de repos, plus encore si vous êtes dans le couloir. Aux nombreuses prises de tension artérielle, rythme cardiaque et température auriculaire s’ajoutent la lumière agressive des néons ainsi que l’agitation perpétuelle que l’on peut imaginer d’un service d’urgences. Sans oublier quelques tiraillements dans l’estomac dus à la faim.

Au petit matin du vendredi, j’eus enfin le droit d’être transporté dans la salle d’attente couchée ainsi que de manger mon petit déjeuné. À côté de moi se trouvait un homme ayant tenté de se suicider deux jours auparavant en avalant nombre de médicaments. Il arrivait que l’on échange quelques mots. Mme N., la psychiatre du centre vient ensuite me chercher pour un nouvel entretien. Je n’en dis pas plus sur mes soucis. M’ayant vu quatre mois auparavant dans des conditions plus ou moins similaires et me revoyant ici aujourd’hui, complètement fermée, la seule réponse qu’elle pu donner à mon « J’ai besoin d’aide » et une proposition d’hospitalisation en psychiatrie. J’ai évidemment refusé. L’entretien se fini et je pus aller manger mon déjeuner. Peu de temps après, mon voisin de brancard, ayant aussi eue un entretien avec la psychiatre partit en ambulance. Puis je revis des ambulanciers ainsi que Mme N.. C’était pour moi cette fois-ci. Elle m’a hospitalisée en psychiatrie, de force. Hospitalisation d'office sous péril imminent, voilà l’intitulé exact de l’internement forcé. Ne me jugeant pas apte à retourner chez moi toute seule et ne pouvant me garder dans leur service d’urgences, je fus transporté jusqu’au centre hospitalier psychiatrique de La Queue-en-Brie.

Je parti du CHIC à exactement 15h05 et arriva aux Murets à 15h45 dans le bâtiment Héloïse.


La suite ici: "1,75 grammes et 17 jours d'HP: La camisole chimique".

Retour à l'accueil