Couloir de l'étage où se trouve ma nouvelle chambre.

Couloir de l'étage où se trouve ma nouvelle chambre.

Partie 1: "1,75 grammes et 17 jours d'HP: Les urgences".

Je parti du CHIC à exactement 15h05 et arriva aux Murets à 15h45 dans le bâtiment Héloïse.

Le brancard des ambulances fut mis juste à côté de mon nouveau lit afin que j’aie juste à me lever, faire un pas puis me recoucher. Je me mis dans le lit, en position fœtale et je restai là, jusqu’à ce que le psychiatre du centre arrive, accompagné d’une infirmière. S’ensuivit un interrogatoire, auquel je ne répondis pas beaucoup, puis l’on me donna de quoi me laver ainsi que le pyjama de l’hôpital afin de ne pas rester en blouse.

La douche éveilla un peu mon esprit mais je ne quittai pas mon lit pour autant. Il fallut qu’une infirmière vienne me chercher afin de me faire visiter les lieux. Ma chambre était au rez-de-chaussée, je n’avais ni le droit d’aller à l’étage, ni le droit de sortir du bâtiment. Elle me montra la salle de soin où l’on prend les traitements, la salle à manger, le petit parc, la salle télévision, celle d’ergothérapie ainsi que la salle du personnel en cas de besoin. Je demandai alors s’il n’y avait pas des livres et l’infirmière me proposa des magazines de presse people, que je refusai. J’eus aussi l’occasion d’apercevoir quelques patients avant de retourner m’allonger sur mon lit. Parmi eux, il y avait un homme d’un certain âge, toujours avec une charlotte sur les cheveux et certainement schizophrène. Il parlait seul, semblait entendre des voix et parfois pouvait se mettre à crier en insultant tout le monde. Je venais tout juste d’arriver et j’étais complètement désorientée. Je ne connais pas ce centre hospitalier, je ne connais aucune personne et surtout, c’est mon premier séjour en hôpital psychiatrique. Lorsque ce fameux monsieur à la charlotte s’est mis à insulter tout et n’importe quoi, à crier, cela m’a apeuré. De base, je ne supporte pas les cris et mon état ne m’a pas aidé à le faire. Alors que j’étais dans ma chambre, ne voyant pas même ce qu’il se passait, le simple fait de l’entendre m’a fait me mettre en tailleur sur mon lit, me bouchant les oreilles, me balançant d’avant en arrière tout en pleurant et répétant à voix basse « je veux rentrer chez moi, je veux rentrer chez moi». Cela me permit de ne pas partir en crise d’angoisse. Puis vint l’heure des traitements suivit directement du repas. Pour moi, ce sera une bonne dose de Tercian ainsi que de Valium. Je m’approchai ensuite timidement de la salle de repas, une infirmière m’incita à m’asseoir mais je ne savais où me mettre. Comment savoir quelle place prendre ? Devant mon indécision, elle me proposa une place, sur une table de quatre avec une seule patiente attablée. Je m’assis. J’étais très angoissé, les muscles tendus et la jambe tremblante. Et d’un coup, le cocktail médicamenteux ingurgité quelques minutes auparavant fut effet. Je senti tous mes muscles se relâcher, ma jambe se poser et mon angoisse s’estomper.

Le week-end se passa en grande parti dans mon lit. Il m’arrivait quelques fois de déambuler dans le couloir, mais je ne pouvais le faire sereinement. Et pour cause, certains patients de sexe masculin avaient tendance à trop vouloir se rapprocher de moi à mon goût, me posant trop de questions et ne cessant de me suivre alors que je m'efforçais de les éviter. Je n'ai pas non plus beaucoup occupé la salle télé, essentiellement parce que je ne pouvais y être seule, mais aussi parce que les programmes proposés ne m’intéressaient pas. A tout cela s’ajoutait le traitement que je devais prendre et trouvais beaucoup trop fort à mon goût. J'avais l'impression d'être devenu un zombi, une loque. Mon lit était devenu mon meilleur ami et j'avais l'impression que mon cerveau se décomposait. J'avais du mal à réfléchir, à penser et même à marcher. Je n'arrivais plus à savoir quel jour on était ou même ce que j'avais fait la veille. C'est alors que le samedi soir, ne me sentant pas bien, j'allais demander de l'aide aux infirmiers. Leur salle étant fermée, je m'accroupissais devant et attendais. Il fini évidemment par y avoir du mouvement, mais personne ne prêta attention à moi, aucun infirmier ne s'inquiéta de me voir là, personne ne me demanda même si je me sentais bien. C'est comme si j'étais invisible. Le lendemain matin lors de la prise des traitements, je réussissais tout de même à me plaindre et refusai de prendre mon traitement. Un peu plus tard, je pu me fournir de quoi écrire, afin de partager mon ressenti avec les infirmiers et le médecin. J'écrivais donc une lettre expliquant le stress que je ressentais à cause de cet internement, ainsi que les effets beaucoup trop prononcés et indésirables des médicaments. Je la donnais ensuite à Jonathan, mon "infirmier référant" afin qu'il la fasse parvenir aux personnes concernées. Puis viens le midi avec la prise des traitements. C'est alors que j’eus ma première incompréhension: pourquoi suis-je obligé de prendre mon traitement alors que j'ai très bien pu refuser celui du matin ? Complètement illogique et insensé. L'infirmière n'écoutait même pas ce que je pouvais avoir à dire et lorsque je lui dis que je trouvais le traitement trop fort, elle me répondit sur un ton amère en me montrant le verre: "Vous n'avez que ça, c'est rien". Et bien sachez que votre "que cela" est déjà beaucoup trop pour moi. Heureusement mon médecin eu rapidement ma lettre et le soir il était présent lors de la distribution des traitements, il pu alors baisser drastiquement le mien en me confortant dans l'idée que les propos de l'infirmière n’avaient pas lieu d'être. Bien que je n'ai "que cela", cela ne signifiait pas pour autant que ce ne soit pas déjà de trop pour mon organisme. Je finissais donc mon dimanche avec un traitement beaucoup moins assommant.

Le lundi, je devais être transféré dans un autre bâtiment, Logos. Les patients étant réuni en fonction de leur lieu d’habitation, je n’étais pas avec mon secteur faute de place. La salle d’ergothérapie était ouverte, je suis donc allé y faire un tour. Tombant sur un carton empli de magazines de science, je me mis à farfouiller avant de me mettre à les classer par date de parution. C’est alors avec frustration puisqu'en pleine séance de tri que je dû partir vers mon nouveau lieu de vie.

Cette fois, j’avais le droit à une chambre à l’étage, sans hublot sur la porte et même avec une serrure. Le bâtiment était beaucoup plus grand, beaucoup plus accueillant aussi avec ses deux salles de télévision, sa grande salle d'ergothérapie, sa petite salle de sport avec la table de ping-pong ainsi que son grand hall avec petit jardin intérieur. Même les patients semblaient moins effrayants.

J’arrivai à l’heure du déjeuner où l’on fêtais le vingtième anniversaire d’une patiente: Sonia.

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