Hôpital psychiatrique: les abandonnés (Les infiltrés)

Sainte Anne: Hôpital psychiatrique (Arte 07/05/2010)

 

Voici deux autres reportages que j'ai récemment visionné et qui montrent publiquement ce qu'il se passe derrière les murs de la psychiatrie.

Pour ma part, lors de mon internement, je n'ai heureusement ni fait l'objet ni vu de contention abusive. Je ne peux malheureusement en dire autant en ce qui concerne la médication ainsi que l'enfermement en chambre d'isolement. Concernant la médication, un jour une infirmière m'a clairement expliqué que bien qu'ayant un traitement très faible dont je n'en ressentais pas le besoin, j'étais obligé d'en avoir un. Non pas que le médecin jugeais ce dit traitement utile, mais par le simple fait que je sois en psychiatrie. "Vous êtes en psychiatrie, il faut bien que l'on vous donne quelque chose". Pour la mise en chambre fermé abusive, j'ai un exemple très parlant: Michel, autiste. La cause de sa mise en chambre fermée ? Vous avez la réponse quelques mots avant: il est autiste. Et donc plutôt que de lui proposer une prise en charge pluridisciplinaire avec des méthodes comportementales, il est gavé de médicaments et enfermé 22h/24 dans sa chambre parce que ce n'est pas possible d'avoir une infirmière qui le surveille tous les jours lorsqu'il sort. Il ne sort donc que pour les repas, qu'il a l'immense honneur de pouvoir prendre dans la grande salle avec les autres patients. Lorsqu'il sort, ses stéréotypies obligent à fermer l'étage afin qu'il ne visite pas toutes les chambres ainsi qu'à couper l'eau de tous les robinets du rez-de-chaussée. Il ne participe à aucunes activités et n'a encore moins le droit de se promener dans le parc de l'hôpital. Il est donc principalement enfermé dans sa chambre, avec pour seules occupations un ballon et la fenêtre par laquelle il peut regarder le peu de mouvement qu'il se passe au dehors. Les autres patients sont plus chanceux, je parle surtout de ceux qui ont le droit, même s'ils ne peuvent pas sortir, aux activités à l'intérieur de l'hôpital. Parce qu'il faut tout de même l'avouer, il y a aussi des hôpitaux qui proposent des activités. Celui où j'étais proposait ergothérapie, atelier écriture, théâtre, marche à pied, vélo, musique et organisait même des tournois de tennis de table. Une chance que malheureusement certains ne connaissent pas.

En ce qui concerne les patients qui frappent leur porte de chambre fermée à clef ou qui interpellent les infirmiers, c'est en effet le lot quotidien en hôpital psy. Je comprend tout à fait les patients qui finissent par s'énerver et donc frapper leur porte pour avoir un minimum d'attention alors qu'il sont enfermés à clef. Et je comprend aussi la fatigue psychologique que les infirmiers peuvent ressentir vis à vis des sollicitations incessantes des patients. Certains patients peuvent interpeller cinquante fois dans la journée les infirmiers et ce pour poser exactement la même question. Il m'est arrivé quelques fois d'essayer de m'occuper des autres patients, en répondant à leur demandes ou en les aidant, mais c'est très fatiguant psychologiquement et je suis vraiment admirative de ceux qui peuvent travailler en psychiatrie. Dans le service où j'étais en tout cas, j'ai pu voir certains infirmier(e)s faire de leur mieux pour répondre aux demandes des patients, et ce même s'il fallait le faire vingt fois par jour. Alors oui, quelques fois j'en ai vu "abandonner des patients à leur sort", mais ils ne peuvent malheureusement être partout. Sur ce point je suis assez mitigé, surtout que je n'ai pas certains éléments de connaissance afin de m'aider à me faire ma propre idée. Par exemple, quel comportement adopter avec une patiente atteinte de TOCs qui ne cesse de vous demander si ses mains sont propre, si elle les as bien lavés, si vous êtes certain de ne pas l'avoir touché et donc salie, si vous ne pouvez pas l'accompagner aux toilettes, la regarder se laver les mains etc ? Faut-il répondre à ses demandes ou au contraire la laisser ? Cette patiente nécessitait sans cesse quelqu'un. Il fallait même que quelqu'un soit derrière la porte lorsqu'elle était aux toilettes  sinon elle n'arrivait pas à faire ses besoins. Et elle posait les mêmes questions à longueur de journée. Alors oui, les infirmiers lui répondaient "Mais non, je ne vous ai pas touché, vous êtes propre", "Oui vous vous êtes lavé les mains, elles sentent le savon", "Non, je ne vais pas les sentir une deuxième fois", "Essayez au moins d'y aller seule". Mais oui, aussi, parfois les infirmiers passaient à côté d'elle sans lui répondre. Et je les comprend parce que j'ai moi-même testé, j'ai essayé de répondre à toutes ses questions, mais elles ne cessent jamais et sont toujours les mêmes. Et quand bien même vous avez réussi à la rassurer, cela ne dure pas plus de cinq minutes. Et du point de vue thérapeutique, est-ce une bonne chose de toujours répondre à ses sollicitations ou mieux vaut-il parfois la laisser se débrouiller et trouver elle-même la réponse à ses questions ? Parce que oui, il faut aussi se poser ce genre de questions avant de jeter la pierre sur les infirmiers. En effet, d'un point de vue extérieur cela pourrait ressembler à un abandon pur et dur du patient, mais ne serait-ce pas aussi une façon de l'aider ? C'est comme pour Huguette, une patiente que j'aurais d'ailleurs plus vue en maison de retraite qu'en hôpital psychiatrique. Elle avait du mal à marcher seule de son lit médicalisé jusqu'à la salle des repas. Au début, il y avait constamment un infirmier pour la tenir et l'accompagner et petit à petit, ils la laissaient se débrouiller seule malgré ses peurs. Elle se tenait aux rampes le long des murs et faisait régulièrement des pauses, mais au bout de deux semaines, elle était maintenant capable de faire le chemin toute seule. Alors oui, il faut aider les patients mais il faut aussi parfois savoir leur lâcher la main, sinon tel un enfant, ils n'apprendrons jamais à marcher tout seul.

Et parce que je viens tout juste de revisionner quelques minutes de la vidéo sur Sainte-Anne, j'avais envie de réagir sur la phrase du psychiatre "Il y a des choses à ne pas dire à un psychiatre.". En effet, il y a des choses à ne pas dire à certains psychiatres, comme par exemple "J'ai besoin d'aide.". Parce que certains auront tendance à vous proposer l'internement et dans le cas d'un refus de votre part, ne vous la proposeront plus mais vous l'imposeront. C'est du vécu. Mais heureusment qu'ils ne sont pas tous comme ça et qu'il y en a aussi des bons qui cherchent réellement à aider leur patient plutôt que de les enfermer.

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