"L'empereur, c'est moi" de Hugo HORIOT édition Le Livre de Poche

"L'empereur, c'est moi" de Hugo HORIOT édition Le Livre de Poche

Hugo Horiot a été un enfant autiste Asperger. Plongeant dans sa mémoire, il raconte sa souffrance d'avoir été différent, son refus de parler, son désir d'avoir voulu être une autre jusqu'à changer de nom. Au fil des chapitres, il nous entraîne avec lui. Il a quatre ans, huit ans, douze ans. Il a peur. Il se cogne à l'absurdité de la vie comme un papillon contre une lampe. Il est parfois cruel. À travers ce témoignage, il nous fait part de ce qui se passe dans la tête d'un enfant autiste extrêmement intelligent, ses obsessions, ses angoisses, son regard sur notre monde et la guerre sans merci qu'il mène contre lui-même et contre les autres. L'autoportrait d'une jeunesse troublante et d'une sincérité désarmante d'un enfant en colère.

Un livre qui se lit très rapidement mais pourtant très poignant.
Je ne peux me retenir de vous faire partager quelques lignes.

Coup de pied dans la tête (page 50).

Carrelage vert brillant, ascenseur, couloir, sol blanc, porte blanche, moquette bleu et stores baissés. Retour chez la dame aux jouets nuls.Je suis assis en face d'un château en plastique. Un château sans dragons, sans chevaliers, sans roi et sans reine. Un château mort. En plastique. Maman, dépêche-toi ! Ici le temps ne passe pas, il est dangereusement immobile, comme si la Terre avait cessé de tourner.Ramène-moi dehors. Cette dame ne m'aime pas et je suis sûr qu'elle ne t'aime pas non plus.Moi je ne l'aime pas du tout.
La dame se lève et vient vers moi. Elle prend une peluche et l'agite sous mes yeux. Elle me sourit bêtement et elle s'adresse à moi d'une voix débile comme on le fait avec les enfants. Elle n'a rien compris. Je n'aime pas les gens qui ne comprennent rien et je vais le lui faire savoir. Je me lève et je donne un coup de pied dans son château en plastique. Il vole en mille morceaux. Éparpillé dans la pièce. Je regarde les ruines en mordant ma tétine.
- Ce n'est pas bien, tu donnes un coup de pied à ton papa ! me dit-elle.
Pourquoi elle me dit ça ? Décidément, elle ne comprend rien. Mon papa n'est pas dans ce château. Je veux faire exploser les murs de ce bureau, je veux déchirer cette moquette bleue, je veux arracher les stores de ces fenêtres. Ce coup de pied, je le donne dans la pièce où nous sommes enfermés, cette pièce dont je veux sortit. Ce coup de pied, je le donne à toi, madame. C'est ta tête qui vient de voler en éclats dans la pièce, madame, et sûrement pas mon papa.

Allez, viens maman, on s'en va.


"Aujourd'hui, la polémique fait rage autour de l'autisme. Partisans de la psychanalyse et des méthodes éducatives s'affrontent. On continu à ne pas poser de diagnostic précoce. On continu à gaver les enfants autistes de neuroleptiques. On continue à les enfermer. À ne trouver aucune issue." (Mère de Hugo, "Mon enfant des abîmes", page 164).

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