Bande annonce "La Porte d'Anna"

Hier, mercredi 07 octobre, j'ai assisté à la rencontre cinéma et psychanalyse au cinéma des Ursulines afin d'y voir le documentaire "La Porte d'Anna".

La Porte d’Anna est donc un documentaire qui nous plonge dans la vie d'un hôpital de pédopsychiatrie de la Fondation Vallée à Gentilly. Les enfants accueillis souffrent de troubles mentaux avec de graves troubles du comportement, ce qui les empêchent d'être accueillit en Institut Médico Educatif. La Porte d'Anna est en réalité divisée en deux unités: une qui accueille les enfants psychotiques et une autre (Anna B) qui accueille les enfants autistes. Néanmoins, le film ayant été tourné sur quatre années, à la fin de celui-ci, les deux unités ont été réunis. Il n'y a pas non plus de continuité chronologique, le temps est comme éclaté, avec un mélange parmi les années (au tout début, on y voit Idriss qui nous dit fêter son quatorzième anniversaire alors qu'à la fin du documentaire, lorsqu'ils sont à la neige, celui-ci à trois ans de moins). La manière dont a été filmé ce documentaire n'est pas intrusive, la caméra est là en tant que simple spectatrice. Il s'y passe ce que les enfants ont envie qu'il s'y passe, rien n'est demandé, rien est joué. Le montage a été superbement réalisé. Comme disait le réalisateur, ils ont quasi 100 heures de rush et avec ceci, ils auraient pu faire un tout autre film. Le montage a été réalisé de façon neutre, le documentaire laisse donc beaucoup de portes ouvertes sur de nombreuses questions, mais le but n'était pas d'y répondre, le réalisateur n'ayant de toute manière pas les réponses.

J'ai bien apprécié ce film. Contrairement à "A ciel ouvert", dès le début, il s'y passe des choses. D'ailleurs, tout de suite après la petite introduction avec Idriss qui nous parle, on est directement plongé dans le quotidiens des enfants et des soignants en assistant à un moment de travail, suivit par un témoignage vraiment poignant de la personne s'occupant à cet instant de ces enfants. Les enfants sont beaux, mais surtout, il s'y passe des choses. Et c'est ce deuxième point que je trouve extrêmement intéressant. Complètement primordial dans la prise en charge des enfants d'ailleurs. On voit donc qu'ils ont des moments de travail sérieux mais aussi qu'ils essayent d'apprendre des gestes qui sont indispensable au quotidiens et pour une vie autonome. On y voit aussi quelque fois la prise des traitements, qui nous ramène assez durement à la triste réalité de la maladie mentale et de l'hospitalisation en (pédo)psychiatrie. Le film est vraiment touchant, les enfants et les soignants y sont formidables, ils arrivent même à nous faire rire, parfois grâce à une perspicacité qui nous ferait complètement oublier leur handicap (ceux qui ont vu le documentaire devraient tout de suite comprendre que je parle notamment de la scène avec Idriss et les marionnettes).

Le documentaire à été suivit d'un temps d’échange entre l'équipe et les spectateurs. Beaucoup de choses ont été abordés, que ce soit en ce qui concerne la réalisation du film (pourquoi ne pas avoir parlé des parents, pourquoi ne pas avoir mis en image le travail d'équipe des soignants etc ...), que les questions auxquelles nous sommes amenés à nous poser (quid de la sexualité, de l'avenir de ses enfants etc ...). Un sujet qui a été abordé à ce moment et qui est d'ailleurs aussi abordé dès le début du documentaire, c'est ce qui concerne la violence. En effet, si ces enfants sont exclut des IME et que "personne n'en veux", même si c'est triste à dire, c'est parce qu'il y a beaucoup de violence. Que ce soit envers eux-même (l'on aura l'occasion de voir pendant le visionnage un enfant particulièrement violent envers lui-même) ou envers le personnel. On y est donc confronté, sans pour autant ne voir que cela. Mais c'est un réel soucis dans ce genre d'unité, la soignante des premières minutes nous en parlera d'ailleurs très bien en expliquant que le personnel soignant change régulièrement, à cause de toute cette violence qu'il faut savoir encaisser. Une violence qui, il ne faut surtout pas oublier, révèle une grande souffrance intérieure. Pour ma part, la question que ce documentaire m'a surtout fait me poser c'est: et après ? Parce que voir une telle unité, j'avoue que ça réchauffe plutôt le cœur. Mais quel est l'avenir de ces enfants ? L'objectif de cette unité n'est pas de les garder, au contraire, ils essayent au maximum de pouvoir réintégrer ces enfants dans les IME, mais certains y passerons malheureusement toute leur enfance et j'ai bien peur que pour la plupart d'entre eux, une fois adulte, ne trouvent de place qu'en hôpital psychiatrique. Où là, ils n'auront plus aucune prise en charge.

Pour conclure, je vous dirais simplement que c'est vraiment un documentaire très touchant, à ne vraiment pas hésiter à voir.

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