"C'est bien, on sait pourquoi on se lève le matin".
Oui, d'ailleurs, merci à vous de vous lever le matin pour payer à moi, pauvre assistée qui vit sur le dos des gens, mes allocations qui me permettent de vivre.

"Toujours pas de travail ?"
"T'as des pistes niveau travail ?"
"Tu compte bientôt reprendre le travail ?"

Non, parce que je suis une assistée.

Le problème ? Les gens ne se rendent pas compte. L'autre problème ? Je ne peux même pas leur expliquer. En effet, je suis jeune et en bonne santé, alors pourquoi diantre je ne travaille pas ? Certainement parce que je fais partie de cette jeunesse qui ne veux "rien faire de sa vie".

"Ce n'est pas comme cela que nous t'avons élevés pourtant".
Ah ça, c'est certain. Vous m'avez élevé à coup de "marche ou crève" et de "tout va bien, je vais bien". Pas étonnant que pour me rendre-compte que ça n'allait pas j'ai dû finir en hôpital psy. Il ne faut pas non plus vous étonner, lorsque j'étais au plus mal, au point de vouloir en finir, que vous n'ayez rien vu, rien su. Et après ça vous allez me dire "si ça ne va pas tu peux nous en parler, on veut t'aider". Mais comment parler à des gens de ce qui ne va pas lorsqu'ils vous ont appris toute votre enfance que justement, lorsque ça ne va pas, il ne faut surtout pas le montrer ? Comment réussir à se confier à des gens avec lesquels nous n'avons jamais parlés ? Ce sont quasi des étrangers, pourtant ils m'ont élevés. Et puis, comment parler de ses problèmes à des gens qui eux-mêmes cachent et nient en bloc leurs propres problèmes ?

Alors oui, je fais en sorte qu’extérieurement cela ne se voit pas. Vous me trouvez tout de même un peu bizarre parfois, mais bon, rien de bien grave, c'est normal. Ce qui me pose soucis aujourd'hui, c'est que j'arrive tellement bien à vous faire croire que pour moi tout est aussi simple, tout va bien, que vous le croyez sincèrement.
Ceci dit, c'est de ma faute aussi, si je disais simplement "j'ai des problèmes de santé", peut-être irait-ce mieux ? Mais j'ai bien peur que les gens ne comprennent encore moins, ces fameux problèmes ne se voyant pas (ou passants simplement pour des excentricités de mon cru).
J'ai été déclaré inapte au travail par la médecine du travail.
Il m'a ensuite été reconnu une restriction substantielle et durable d'accès à l'emploi par la Maison Départementale des Personnes Handicapées. Le médecin ayant même très clairement mentionné qu'étant-donné ma situation médico-sociale, la reprise d'un travail était, pour le moment, inenvisageable.

Souvent je ne le dis pas, cela m'évite d'avoir à expliquer ce que nombre de personnes ne pourront jamais comprendre: mes difficultés. Je passe alors pour une flemmarde, une profiteuse, une assistée. Et bien tant pis.

Retour à l'accueil